Retour au thème
Skills & Plugins2026-05-15 · 12 min de lecture

Anatomie d'un plugin Claude Code : retour sur claude-legal-skills-france

Ce qu'on a construit, ce qu'on a appris, ce qu'on referait différemment.

Amine Harrak
Founder, Leebr Data Consulting · LinkedIn
Certification associée : Introduction to Agent Skills (Anthropic Academy)Credential ID : gcog9jcg2zsv

On a publié un plugin Claude Code, sous licence MIT, qui transforme Claude en assistant juridique français : 8 skills modulaires auto-déclenchants, 10 commandes, 7 formats de réponse alignés sur la méthodologie juridique FR, et une intégration directe à l'API officielle de la Cour de cassation. Voici ce qu'on a appris en le construisant, ce qu'on a évité de justesse, et ce qu'on referait autrement.

Pourquoi un plugin spécialisé en 2026

Claude est déjà très bon en droit comparé. Mais sur le droit français spécifiquement, il y a trois frictions qu'aucun usage générique ne règle proprement :

  • Les sources officielles. Legifrance, EUR-Lex, la base Judilibre de la Cour de cassation, le Conseil constitutionnel. Sans ancrage, Claude paraphrase au lieu de citer.
  • La méthodologie. Une consultation juridique, un cas pratique, un commentaire d'arrêt — ce sont des formats codifiés. Un avocat qui reçoit une réponse qui ne respecte pas le cadre la jette mentalement avant la deuxième ligne.
  • Les profils d'utilisateurs. Un avocat veut une consultation structurée avec articles cités. Un étudiant veut un cas pratique pédagogique. Un citoyen veut un langage clair et les démarches concrètes. Une entreprise veut une analyse de conformité. Quatre publics, quatre formats de sortie.

L'idée du plugin : encoder ces trois contraintes une bonne fois, puis laisser Claude faire ce qu'il sait faire (raisonner, synthétiser, expliquer) à l'intérieur du cadre.


L'architecture en 60 secondes

Le plugin n'est pas un serveur MCP, pas un agent custom, pas un fork de Claude. C'est juste un plugin Claude Code — une primitive officielle Anthropic qui empaquette ensemble :

  • 8 skills modulaires — un par domaine du droit (civil, pénal, travail, affaires, administratif, numérique, européen) plus un méta-skill transverse. Chaque skill est auto-déclenchant : Claude le charge tout seul si la question s'y prête.
  • 10 slash commands/droit, /jurisprudence, /droit-civil, …, /rediger. La commande /droit route automatiquement vers le bon domaine ; les autres forcent un domaine précis.
  • 7 formats de réponse — consultation juridique, cas pratique, commentaire d'arrêt, recherche de jurisprudence, analyse de document, explication vulgarisée, cas complexe. Le format est choisi en fonction du profil détecté et du type de question.
  • 10 modèles de documents — mise en demeure, lettre de licenciement, plainte simple, recours gracieux, etc. Invoqués via /rediger <type>, avec 5 à 15 questions ciblées et vérification des articles cités sur Legifrance.
  • Une intégration Judilibre — l'API officielle de la Cour de cassation, accédée via OAuth Client Credentials. Fallback automatique sur la recherche web Legifrance si pas de credentials.

Installation : une seule commande.

bash
claude plugin install legal-france

Les trois décisions structurantes

1. Décomposer en 8 skills, pas un méga-prompt

La tentation, quand on commence un projet comme celui-ci, c'est d'écrire un system prompt de 4 000 mots qui dit tout. Erreur. Un méga-prompt a trois pathologies connues :

  • il dilue la pertinence (Claude n'a pas besoin de connaître le droit administratif quand on lui pose une question de RGPD) ;
  • il devient impossible à maintenir (changer une règle sur le contentieux du travail oblige à relire tout le bloc) ;
  • il sature inutilement le contexte, donc coûte plus cher et ralentit la latence.

À l'inverse, découper en skills modulaires permet de charger uniquement ce qui est pertinent. Quand l'utilisateur pose une question RGPD, seul le skill legal-france-numerique est activé, avec ses propres références ciblées. C'est la même logique architecturale que pour un microservice : isoler les responsabilités pour pouvoir les faire évoluer indépendamment.

Pattern à retenir

Un skill par domaine métier identifiable, un méta-skill pour le routage et le transversal. C'est devenu notre template pour les deux autres plugins (compta/finance, stratégie business) — la structure est la même, seuls les domaines changent.

2. Détecter le profil utilisateur, pas le demander

Le plugin reconnaît quatre profils : avocat / magistrat, étudiant en droit, citoyen (par défaut), entreprise. Plutôt que de poser explicitement la question, le plugin infère le profil depuis les signaux du contexte : vocabulaire employé, formulation de la question, fichiers ouverts dans le projet Claude Code.

Concrètement, ça change la sortie : à la même question, le profil avocat reçoit une consultation juridique avec articles, jurisprudence et exceptions ; le profil citoyen reçoit l'équivalent en langage clair avec les démarches pratiques. Pas deux articles différents, le même raisonnement présenté différemment.

Le trade-off est réel : on perd en déterminisme (Claude peut se tromper sur le profil), on gagne en fluidité (l'utilisateur ne se voit pas demander "Êtes-vous avocat ?" à chaque interaction). En cas de doute, le plugin pose la question explicitement avant de générer un document juridique sensible.

3. Formats de réponse structurés, pas free-form

Le réflexe IA générative, c'est de laisser le modèle s'exprimer en prose libre. Mauvaise idée pour le droit. Le cadre est le message. Un avocat qui reçoit une réponse structurée en "Faits — Droit applicable — Discussion — Conclusion" reconnaît instantanément un travail sérieux. La même information dans un paragraphe continu lui semblera amateur, même si elle est exacte.

Les 7 formats prédéfinis ont chacun une structure rigide :

format-consultation
# Consultation juridique
## I. Faits & qualification
## II. Question(s) de droit
## III. Droit applicable
   - Sources : articles, décrets, jurisprudence
## IV. Discussion
## V. Conclusion & recommandations
## VI. Articles & références citées

Ce que ça apporte, au-delà du "look pro" :

  • Évaluabilité. On peut dire si une consultation est complète (toutes les sections sont là). On ne peut pas dire ça d'un paragraphe libre.
  • Vérifiabilité. Les articles cités sont regroupés en section VI — facile à recouper sur Legifrance.
  • Confiance. Le cadre fait signal. Et ce signal est mérité parce que le cadre force Claude à passer par chaque étape, donc à ne pas zapper la qualification ou la conclusion.

Deux pièges qu'on a évités de justesse

Piège 1 — La tentation des chiffres

À un moment du développement, on a failli écrire dans le README : "96 décisions clés de la Cour de cassation référencées en temps réel." C'est techniquement faux. Le plugin rappelle 96 décisions clés stockées dans un fichier jurisprudence-cle.md. Il n'a pas une jurisprudence "en temps réel" — pour ça, il faut Judilibre, qui couvre la jurisprudence en effet, mais que l'utilisateur doit configurer.

On a coupé. À la place, la mention exacte : "96 décisions clés et ~170 termes de glossaire intégrés ; recherche jurisprudence en temps réel via l'API Judilibre (configuration optionnelle)." Précis, vérifiable, défendable.

Règle qu'on s'est fixée

Aucun chiffre dans la doc publique qui ne soit techniquement vrai au moment où l'utilisateur l'utilise. C'est plus dur à écrire, ça vend moins vite, mais c'est la seule manière de durer.

Piège 2 — La frontière avec l'exercice illégal de la profession d'avocat

En France, donner une consultation juridique personnalisée en dehors de la profession réglementée est illégal (article 54 de la loi du 31 décembre 1971). Un outil IA qui produirait du conseil juridique à la place d'un avocat tombe sous le coup de cette interdiction si l'éditeur s'en prétend l'auteur.

Le plugin évite ce piège par design :

  1. Le system prompt rappelle systématiquement que la réponse est une aide à la décision, pas un conseil juridique au sens de la loi de 1971.
  2. Chaque consultation se termine par une recommandation explicite de consulter un avocat pour les enjeux substantiels.
  3. Les modèles de documents générés via /rediger sont des squelettes à personnaliser, pas des actes prêts à signer.
  4. Le disclaimer est packagé avec le plugin, pas optionnel.

Cette discipline n'est pas cosmétique. C'est une condition de viabilité juridique du plugin, et ça doit transparaître dans chaque sortie.


Ce qu'on referait différemment

En toute honnêteté, trois choses :

  • Passer Legifrance et Judilibre en serveur MCP. Aujourd'hui ces deux sources sont appelées directement depuis les skills. Un serveur MCP dédié donnerait un meilleur audit trail, un contrôle d'accès plus propre, et permettrait à d'autres clients (pas seulement Claude Code) de réutiliser le pont. C'est le chantier v3.
  • Construire une eval suite. Aujourd'hui on évalue la qualité au feeling et avec des tests manuels. Sur un domaine où la précision est non-négociable, c'est insuffisant. Il faudrait 200 questions étalons (avec réponses validées par un juriste), exécutées à chaque release.
  • Versionner explicitement les références. Le droit bouge. Une décision Bertrand de la Chambre commerciale citée dans le plugin peut être renversée demain. On devrait afficher en footer de chaque réponse la date de mise à jour des références utilisées.

Et la suite

Ce plugin est une première itération. Au fil de sa construction, plusieurs choix ont émergé comme des patterns qu'on peut généraliser : la découpe en skills modulaires, le couple méta-skill + skills domaine, les formats de sortie structurés, les disciplines anti-hallucination (cite-then-summarize, analyse pas conseil).

Les prochaines notes de la mini-série Skills & Plugins creuseront chacune un de ces patterns :

  • Agent Skills — la primitive officielle Anthropic qu'on a utilisée ici, vue de plus près : comment penser un skill, comment composer plusieurs skills, comment les tester.
  • Claude Code en pratique — hooks, /commands, organisation d'un projet, automatisations.
  • Un template générique dérivé de cette base — manifest, squelette de skill modulaire, conventions de prompting — pour démarrer un nouveau plugin sectoriel (RH, immobilier, fiscalité, conformité…) sans repartir de zéro.

Pour aller plus loin dès maintenant, le code source du plugin est public : github.com/Tough-Respawn/claude-legal-skills-france. Si tu construis quelque chose dans cette direction et que tu veux comparer les choix, l'échange m'intéresse.

Note inspirée de la formation Anthropic Academy dont l'auteur est certifié. Les opinions et exemples sont les siens. Anthropic n'endosse pas ce contenu.